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Création les 7, 8, 9 juin 2011 au Théâtre Marni à Bruxelles

Création de Lise Vachon : durée 60 minutes
Créée et dansée en duo par Lisbeth Gruwez et Lise Vachon

Ce duo sera construit sur le principe d’une série de tableaux chorégraphiques que je nomme «cartes postales de lieux-dits». Ces images seront comme des portraits de situations de vie.

Les tableaux seront créés par la présence des deux danseuses, ainsi que par des dessins d’Anne Guilleray, projetés via des rétroprojecteurs. Un élément récurrent réapparaîtra dans chaque tableau, objet reconnaissable, sorte de fil rouge visuel tissant un lien entre chaque scène au cours du spectacle. La lumière et la musique viendront enrichir ces «cartes postales en mouvement» et nous permettront de plonger plus profondément dans ces images et ce qu’elles racontent.

J’aimerais faire voyager le spectateur à travers une série de moments chorégraphiques évoquant des paysages de sensations, des envies profondes et des manques de l’être humain, du temps qui passe et des souvenirs qui restent.

Pour m’inspirer dans cette construction de tableaux, je puise dans l’univers de l’artiste peintre Edward Hopper. On y retrouve des silhouettes découpées, des perspectives inhabituelles, de brusques basculements entre intérieur et extérieur. Dans ses peintures, Hopper ne nous donne pas à voir la relation réciproque entre deux êtres. Cette manière de mettre en scène ses personnages m’inspire pour ce duo.

Dans cet esprit, les deux danseuses seront les «vecteurs» ou les «porteuses» des histoires que contiennent les tableaux. Elles évolueront à l’unisson dans leurs mouvements pour représenter une voix à partir de laquelle l’une d’elle se détachera pour explorer et raconter le contenu d’un tableau. L’autre danseuse pourra alors disparaître ou rester présente dans l’image comme contrepoint ou complément à l’action principale qui se développe.

Le contenu de ces «cartes postales» s’inspire en partie de textes que je recueille depuis 2007, en réponse à une question envoyée à plusieurs personnes lors de la création de mon solo bliss : «Si on vous offrait une heure comme si le temps s’arrêtait et que vous pouviez en faire ce que vous voulez, que choisiriez-vous alors de faire pendant ce moment hors temps ?»

Les réponses sont de petites histoires évoquant l’avant, l’après ou l’instant d’un événement. Ces moments qui pourraient paraître insignifiants, laissent pourtant une trace dans la vie de la personne. J’aimerais évoquer l’importance de ces vécus, leurs contrastes, leurs ombres ou leurs lumières. On découvre les basculements d’une vie, ses désirs, ses non-dits :

“Etre seule sur une plage dans l’eau face à un grand orchestre symphonique…et que ça dure”
“Rencontrer mon père absent physiquement de ma vie depuis toujours”
“Retourner à la tombe de ma grand-mère au moment des ses funérailles et la laisser partir”
“Marcher main dans la main avec ma fille sur un sentier de forêt et remarquer comment sa main a encore une fois grandi depuis la dernière fois”
“Aller au sauna en une journée d’hiver enneigé”
“Ne pas aller là où c’est “Welcome to Paradise” mais plutôt visiter un ailleurs pas spécialement rose”
“La première rencontre, le premier baiser de ma plus belle histoire d’amour”
“Tout vivre en accéléré”

Mon intention n’est pas d’illustrer ces textes de manière narrative, mais plutôt d’en extraire la couleur ou l’essence, et de la transposer dans une alliance de mouvement et de théâtralité. Les textes pourront servir de partition à l’écriture chorégraphique. Les dessins réalisés par Anne Guilleray, sans en révéler tous les détails, évoqueront des lieux, des espaces intérieurs ou extérieurs, emprunts de mystère. Les figures des danseuses compléteront les images projetées. Elles feront vivre l’action qui découle de ces tableaux. Dans les textes, il sera toujours question d’un espace d’où quelque chose surgit, espace reconnaissable ou imaginaire que je perçois comme un «lieu-dit». Un lieu-dit est un endroit habité ou non, de faible étendue, dont le toponyme vient généralement du nom de l’un de ses anciens habitants, d’une particularité de sa géographie ou de son histoire locale. Il s’agit pour moi d’une métaphore inspirante pour décrire les espaces de mémoire de l’être humain.

La structure du spectacle comportera trois éléments principaux :
• Les tableaux ou «cartes postales», comme des images quasiment fixes.
• Les scènes chorégraphiques qui expriment les tableaux.
• Le «leitmotiv» du spectacle, par le déplacement à l’unisson des danseuses qui traversent les images, en émergent brusquement ou s’y glissent discrètement.

Lise Vachon

 


 

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