La primultime rencontre

La primultime rencontre fut jouée lors du Festival d'Aix-en-Provence en prélude à l'opéra Un retour d'Oscar Strasnoy, les 4, 5, 8, 9, 12, 13, 15, 17 juillet 2010. Plus d'information sur le site du Festival d'Aix-en-Provence.

 

« Primultime », terme peu courant, désigne ce qui est à la fois premier et dernier, autrement dit ce qui n’arrive qu’une fois. Ce mot, créé par le philosophe Vladimir Jankélévitch, caractérise selon lui le temps, la mémoire ou encore la musique, dont il a parlé dans ses cours de Prague et de Paris.

"Etait-ce Prague? écrit-t-il en se penchant sur les pièges de la mémoire. Etait-ce moi ? N'ai-je pas confondu mes souvenirs avec ceux d'un autre? Et il en est ainsi de tout ce qui est advenu une seule fois dans l'éternité, et puis jamais plus. Never more! Le premier-dernier baiser, la primultime rencontre. Un doute éternel enveloppera dans son linceul d'incertitude ce qui jamais ne fut réitéré".

Si Michèle Noiret a choisi « La primultime rencontre » comme titre de cette chorégraphie que Bernard Foccroulle l’a invité à créer dans ce lieu si rare, c’est notamment parce qu’il lui intéressait de se pencher sur ces instants qui n’arrivent qu’une fois, qui passent et disparaissent à jamais… Ces rencontres qui sont à la fois les premières et les dernières, et qui ne reviendront pas. C’est du moins ce que l’on croit, car à lire Alberto Manguel, il est des rencontres qui ne passent pas, qui semblent vouées à se répéter sans fin.

Pour la danse, la chorégraphe habillée par Azniv Afsar, a pris le parti de jouer avec le lieu en lui conservant sa magie, sa lumière et son silence habité, à l’exception d’un moment où la musique d’Henry Purcell, Music for a While, entre en résonance avec les bruits de la nature. Ce cadre unique lui inspire une gestuelle fluide. L’écriture chorégraphique est basée sur le principe des figures circulaires, notamment sur la forme du 8. La fugacité du geste est ici primordiale. Le public, disposé en cercle autour de la scène, entoure la danse, et crée un espace imaginaire que le corps peut habiter et emplir de sa présence. Comment ne pas penser, à cet égard, à cet autre espace imaginé par Alberto Manguel : la mystérieuse plaine des âmes mortes que Néstor Fabris visite à la fin d’Un retour, dans laquelle tous les souvenirs qu’il a voulu oublier, et qui sont paradoxalement ce qu’il a de plus précieux, se matérialisent une nouvelle fois devant lui.

Ce genre d’espace et de présence imaginaire, à mi chemin entre le rêve et la réalité, a toujours mis en mouvement Michèle Noiret, qui signe ici un solo placé sous le signe d’une rencontre singulière.

Voir la vidéo de La primultime rencontre.

 

 


 

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