Minutes opportunes

Création les 23, 24, 25, 26, 27, 28, 30 novembre et 1, 2, 3, 4 décembre 2010 au Théâtre National, Bruxelles

Spectacle créé en collaboration avec les interprètes : Dominique Godderis, Filipe Lourenço, Igor Shyshko, Lise Vachon

«L’homme tient passionnément, infiniment à ce qui ne dure qu’une seconde, ou n’arrive qu’une fois, comme si la seule ferveur de sa dilection pouvait retenir et pérenniser la divine inconsistance; encore que renouvelable, le charme de la musique lui est précieux comme nous sont précieux l’enfance, l’innocence ou les êtres chers voués à la mort; le charme est labile et fragile et le pressentiment de sa caducité enveloppe d’une poétique mélancolie l’état de grâce qu’il suscite.»

Vladimir Jankélévitch, La Musique et l’ineffable, p.149

Un instant suffit pour changer le cours d’une vie, pour faire bifurquer une existence. Entre deux longs intervalles de temps, il y a toujours un moment central, un instant fulgurant où le passé s’interrompt et où le futur se dessine. Cet instant n’appartient pas à la durée. Il est un événement dont toute vie garde la trace. Il est une minute opportune, parfois importune, où le destin semble se mêler de notre devenir.

Le temps est un élément clé de cette chorégraphie de Michèle Noiret : le temps qui s’écoule, la sensation qu’on a parfois qu’il passe rapidement ou lentement, ou encore le temps “suspendu”, le temps qui paraît “lourd”.

Michèle Noiret et les quatre danseurs avec qui elle a créé Minutes opportunes ont serti ce temps de rencontres et de relations. Quatre êtres se croisent, entre complicité et suspicion, tendresse et rejet. Ils semblent jouer un rôle dans une étrange intrigue où chacun de leurs actes paraît engager leurs destins, à la manière de personnages de Hitchcock, dont l’atmosphère hante la pièce. Parfois cependant, ces êtres se libèrent de la machination dont ils semblaient être les jouets. Ils s’essayent à une autre manière de vivre le temps. Leurs relations se font plus libres, plus essentielles. La danse s’anime alors du mystère inquiétant et du charme fugace de ces quelques instants où se jouent nos existences.

La musique, elle aussi, parle de l’importance des instants et des minutes opportunes. Alors que tout passe, que tout s’écoule, la musique de Jean-Sébastien Bach parvient à magnifier un moment et à prolonger une émotion. Elle apparaît, disparaît, s’échappe, fluide et précise comme un contrepoint. C’est pour cela, peut-être, qu’elle envoûte les humains passionnés par ce qui échappe au temps ordinaire.

Michèle Noiret continue, dans Minutes opportunes, d’explorer la manière dont les diverses écritures scéniques se conjuguent. La trame du spectacle paraît évoquer un recueil de nouvelles. Certaines se déroulent dans un même lieu, d’autres mettent en scène le même scénario dans différentes circonstances. Des êtres identiques les traversent, dont les destins parfois divergent. L’art de la chorégraphie multiplie ainsi les possibilités de lectures, qui sont aussi nombreuses que la vie est complexe.




 

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